un transmetteur de mémoire (11/2025)
« Je ne suis ni écrivain ni historien, tout juste un transmetteur de mémoire »
Co-auteur avec Gérard Cortès-Crespo du livre « Les Français d’Afrique du Nord dans le sud de la France 1956-1975 » édition Mémoire de Notre Temps
Un récit entre exil, mémoire et résilience
Sa voix porte encore les traces d’un passé difficile, traversé d’anecdotes douloureuses. Aujourd’hui, Alain raconte son départ d’Algérie en direction de Bollène dans un livre co-écrit avec Gérard Cortès-Crespo. Dans ce bouquin, il parle avec fierté de ses origines familiales (une grand-mère paternelle espagnole et un arrière-grand-père parisien), des difficultés de pauvreté, des conditions d’installation à Bollène et des efforts que sa famille et lui-même ont dû faire pour s’adapter.
« J’avais une valise dans la main droite, la main de ma petite sœur dans l’autre et un matelas sous le bras. J’avais 14 ans. J’ai une image qui m’est restée, l’image lorsque le bateau s’est éloigné du quai. Je voyais la terre se reculer au loin. C’est à ce moment-là que je me suis dit que je n’y reviendrai plus. Mais j’y suis retourné 57 ans après en 1999 avec mon épouse qui est une pure Bollénoise. Pour des raisons de survie, ma famille et moi avons dû quitter l’Algérie en juillet 1962 pour une nouvelle vie sur l’hexagone. Ma famille a été éclatée aux 4 coins de la France et on s’est ensuite tous retrouvés à la cité 4 à Bollène. Mon père avait obtenu un poste suite à sa mutation en tant qu’agent municipal. Nous habitions dans le quartier de Bollène-Ecluse. Gérard Cortès-Crespo habitait le même quartier. Nous avons fréquenté le collège Curie pour nos études secondaires. Après le Bepc, nous avons pris des directions différentes : Gérard regagna l’école normale et devint instituteur puis professeur d’histoire à Marseille. Enfin, il est titulaire d’un doctorat d’Histoire pour lequel il se spécialisa dans l’Histoire des Migrations en Méditerranée aux XIXème et XXème siècles. Pour ma part, en 1970 j’ai travaillé à La Poste de Bolléne où j’exerçais plusieurs fonctions. Impliqué dans la ville, j’ai été co-fondateur de la MJC de Bollène-Ecluse la même année et j’ai aussi porté les couleurs du RCB et de la MJC.
Gérard et moi sommes retrouvés 50 ans après ! Cet ouvrage nous l’avons conçu afin de laisser une trace mémorielle de notre passage à Bollène : Qui se souviendra de nous ? Quand Crespo m’a proposé de collaborer avec lui, j’étais dubitatif. Très rapidement, j’acceptai sa demande car j’étais en quête de résilience. J’étais retraité et je pensais beaucoup à ma vie passée… J’ai effectué des recherches aux archives communales de la ville pendant 5 semaines. C’était un travail très rigoureux. Dès le premier jour, c’est comme si quelqu’un de ma famille me poussait à y aller, comme si j’étais chargé d’une mission pour moi-même et pour mes compagnons d’infortune. Cela m’a beaucoup aidé. Je n’étais plus seul ! ».
UnE renaissance
Ce livre, c’est bien plus qu’un récit : c’est une renaissance. Une manière d’avancer, de se comprendre, de se réparer, de laisser une trace. Une trace qui parlera encore quand les mots se tairont. Parce qu’un livre, au fond, c’est cela : un souvenir vivant, une promesse de ne pas oublier « Les Français d’Afrique du Nord dans le sud de la France 1956-1975 ».